La crypto fait les poches profondes : tour d’horizon des levées du jour
Si vous pensiez que le 31 mars 2026 serait une journée calme avant le week-end, le secteur crypto avait visiblement d’autres plans. En l’espace de quelques heures, trois annonces de financement majeures ont atterri dans les rédactions : un investissement d’amorçage dans l’infrastructure des stablecoins, une levée spectaculaire pour les paiements transfrontaliers, et une valorisation à dix chiffres pour un market maker européen. Autant dire que la crypto n’est pas en train de souffler.
A16z mise sur la « couche manquante » des stablecoins
Commençons par la plus intrigante des trois. Andreessen Horowitz — le fonds californien qu’on ne présente plus dans l’écosystème crypto — vient de mener une levée de 10 millions de dollars dans une startup répondant au nom de Better Money Company. L’ambition ? Combler ce que la société appelle la « couche manquante » des stablecoins.
Mais qu’est-ce que cela signifie concrètement ? Les stablecoins — ces cryptomonnaies indexées sur une valeur stable comme le dollar — ont connu une adoption fulgurante ces dernières années. Ils servent à transférer de l’argent, à faire du commerce en ligne, ou encore à rémunérer des travailleurs à l’autre bout du monde. Mais entre le moment où un stablecoin est émis et celui où il arrive dans votre portefeuille numérique, il existe une série de frictions techniques et opérationnelles que personne n’a encore vraiment résolues de manière élégante. C’est précisément ce trou dans la raquette que Better Money Company entend boucher.
La startup a d’ores et déjà annoncé des partenariats avec des acteurs de poids : Paxos (émetteur de stablecoins), Bridge (infrastructure de paiement), MoonPay (rampe d’accès crypto grand public), ainsi que les portefeuilles numériques MetaMask et Phantom. Une liste de partenaires qui ressemble moins à un annuaire qu’à un écosystème soigneusement constitué — ce qui explique sans doute l’intérêt d’a16z.
OpenFX lève 94 millions pour révolutionner les transferts internationaux
Dans un registre plus musclé financièrement, la startup OpenFX a annoncé avoir levé 94 millions de dollars pour accélérer le déploiement de sa plateforme de paiements transfrontaliers propulsée par les stablecoins.
L’idée derrière OpenFX part d’un constat simple mais douloureux pour quiconque a déjà essayé d’envoyer de l’argent à l’étranger : les transferts internationaux traditionnels sont lents, coûteux et opaques. Les banques correspondantes, les frais cachés et les délais de plusieurs jours font partie du quotidien de millions de personnes et d’entreprises à travers le monde. OpenFX veut utiliser les stablecoins comme rail de paiement alternatif — plus rapide, moins cher, et traçable en temps réel.
Avec 94 millions de dollars en poche, la startup dispose désormais des moyens de ses ambitions pour s’étendre sur de nouveaux marchés. Le secteur du Forex — soit le marché des changes, qui brasse chaque jour plus de 7 000 milliards de dollars à l’échelle mondiale — est un terrain de jeu aussi gigantesque qu’âprement disputé. Mais les stablecoins commencent sérieusement à y tailler leur place.
Keyrock franchit le cap du milliard de dollars de valorisation
Enfin, côté market making, le belge Keyrock a franchi un cap symbolique en atteignant une valorisation de 1,1 milliard de dollars à l’issue d’un tour de table mené par SC Ventures, le bras d’investissement de Standard Chartered — l’une des plus grandes banques mondiales.
Pour les non-initiés, un market maker est une entité qui assure la liquidité sur les marchés financiers : en gros, c’est l’acteur qui se positionne en permanence à l’achat et à la vente d’un actif, pour que vous puissiez toujours trouver une contrepartie quand vous souhaitez acheter ou vendre. Sans market maker, les marchés crypto seraient bien plus volatils et illiquides qu’ils ne le sont déjà — et c’est dire.
Keyrock, fondé en 2017, entend utiliser ces nouveaux capitaux pour étoffer sa gamme de produits, envisager des acquisitions stratégiques et consolider sa présence à l’international. L’entrée de Standard Chartered dans le capital via SC Ventures est également un signal fort : les grandes institutions financières traditionnelles continuent de s’intéresser de très près aux infrastructures crypto, même discrètement.
Mise en perspective : l’infrastructure avant la spéculation
Ce qui frappe dans ces trois annonces, c’est leur point commun : aucune d’elles ne concerne un nouveau token, une promesse de rendements mirobolants ou un projet de métavers hasardeux. Ce sont des investissements dans l’infrastructure, les rails de paiement et la liquidité — autrement dit, les fondations silencieuses sur lesquelles repose l’économie crypto.
C’est peut-être le signe d’une certaine maturité du secteur. Après les années d’euphorie spéculative, les capitaux institutionnels semblent de plus en plus attirés par les acteurs qui résolvent de vrais problèmes concrets : comment faire circuler de l’argent plus efficacement, comment connecter la finance décentralisée au monde réel, comment garantir que les marchés fonctionnent correctement.
La crypto est peut-être en train de grandir. Et parfois, grandir, c’est s’occuper des tuyaux plutôt que de faire briller les façades.


