Quand vendre du Bitcoin fait monter son cours en bourse
C’est le genre de paradoxe qui fait sourire les observateurs du marché crypto : MARA Holdings, l’un des plus grands mineurs de Bitcoin au monde, a vu son action bondir de près de 10 % après avoir annoncé la vente de 1,1 milliard de dollars en Bitcoin. Vendre son actif phare pour faire grimper son titre boursier — bienvenue dans la logique particulière des sociétés minières crypto en 2026.
La manœuvre n’est pourtant pas irrationnelle. MARA a utilisé le produit de cette vente massive pour racheter une partie de sa dette convertible, un type d’emprunt que les créanciers peuvent transformer en actions. En réduisant cette dette, la société allège son bilan et rassure les investisseurs sur sa solidité financière. La pilule amère de céder des BTC passe donc mieux quand elle s’accompagne d’un désendettement stratégique.
Les marges sous pression dans le minage de Bitcoin
Derrière cette décision se cache une réalité moins glamour : les marges dans le minage de Bitcoin restent sous forte tension. Après le halving de 2024 qui a divisé par deux les récompenses accordées aux mineurs, les opérateurs doivent redoubler d’ingéniosité pour rester rentables. L’équation est simple mais douloureuse : moins de BTC produits pour les mêmes coûts d’infrastructure et d’électricité.
C’est dans ce contexte que MARA, comme plusieurs de ses concurrents, lorgne désormais vers l’intelligence artificielle pour diversifier ses revenus. Les centres de données dédiés au minage partagent en effet certaines caractéristiques avec ceux nécessaires à l’entraînement de modèles d’IA — une puissance de calcul colossale et une gestion thermique complexe. Autant faire travailler ces infrastructures sur plusieurs fronts à la fois.
L’opportunité inattendue pour Twenty One Capital
Mais la vente de MARA a eu un effet secondaire notable : elle a redistribué les cartes dans le classement des détenteurs institutionnels de Bitcoin cotés en bourse. En allégeant ses réserves, le mineur a cédé sa place de dauphin à Twenty One Capital, la société fondée par Jack Mallers — figure bien connue dans l’écosystème Bitcoin et fondateur de l’application de paiement Strike.
Avec 43 514 BTC dans sa trésorerie d’entreprise, Twenty One Capital se hisse désormais au deuxième rang mondial des sociétés cotées détentrices de Bitcoin. Un podium impressionnant, même si le leader incontesté reste Strategy (anciennement MicroStrategy) de Michael Saylor, avec ses 762 099 BTC accumulés — soit environ 17 fois plus. Autant dire que la course de fond est encore longue.
Strategy, toujours dans une galaxie à part
Pour mettre les chiffres en perspective : Strategy détient à elle seule une quantité de Bitcoin qui dépasse l’imagination. Avec plus de 762 000 BTC, la société de Michael Saylor représente l’une des plus grandes concentrations de Bitcoin sous contrôle d’une entité unique au monde, hors exchanges et custodians. Twenty One Capital, malgré sa progression fulgurante, en est encore à construire sa légende.
Cela dit, la montée en puissance de Twenty One Capital illustre une tendance de fond : de plus en plus d’entreprises cotées adoptent une stratégie de trésorerie basée sur Bitcoin, à l’image de ce que Strategy a popularisé depuis 2020. L’idée : utiliser le Bitcoin comme réserve de valeur plutôt que de laisser du cash dormir dans des comptes à faible rendement.
Mise en perspective
Ce ballet financier entre MARA, Twenty One Capital et Strategy révèle la maturité croissante — et la complexité grandissante — de l’industrie crypto institutionnelle. On est loin de l’image du mineur solitaire dans son garage : les acteurs du secteur jonglent désormais avec des milliards de dollars, des instruments financiers sophistiqués et des stratégies d’entreprise dignes des plus grandes sociétés cotées.
La décision de MARA de vendre des BTC pour assainir son bilan montre aussi que la détention de Bitcoin en entreprise n’est pas un dogme immuable : c’est un outil financier parmi d’autres, utilisé selon les besoins du moment. Une nuance importante à garder en tête alors que la narratif du “Bitcoin à tout prix” continue de séduire de nombreux acteurs du marché.
Le vrai gagnant de cette journée ? Peut-être Jack Mallers, qui se retrouve propulsé numéro deux mondial sans avoir acheté un seul satoshi supplémentaire — juste en attendant que son concurrent vende les siens.


