Crypto US : le CLARITY Act retardé, les stablecoins sous pression

Washington temporise, les cryptos s’impatientent

À Washington, les horloges semblent tourner à un rythme particulier — surtout quand il s’agit de légiférer sur les cryptomonnaies. Le sénateur républicain Thom Tillis a récemment appelé à repousser l’examen en commission du CLARITY Act, un texte crucial sur la structure du marché crypto aux États-Unis. Selon les informations rapportées par CoinTelegraph et The Block, ce vote pourrait bien être repoussé au mois de mai, les acteurs de l’industrie crypto et du secteur bancaire réclamant davantage de temps pour faire entendre leur voix.

Concrètement, le « markup » — c’est-à-dire la phase durant laquelle les sénateurs examinent, amendement par amendement, un projet de loi avant de le soumettre au vote — devait initialement se tenir en avril. Mais visiblement, tout le monde n’a pas encore eu l’occasion de mettre son grain de sel. Et dans un domaine aussi complexe que la régulation des actifs numériques, on comprend que personne ne veuille être laissé pour compte.

Le CLARITY Act, c’est quoi exactement ?

Pour ceux qui découvrent le terme, le CLARITY Act est un projet de loi américain visant à clarifier — comme son nom l’indique — qui, de la SEC (le gendarme boursier) ou de la CFTC (le régulateur des marchés à terme), a compétence sur les différentes cryptomonnaies. Une question qui peut sembler technique, mais qui a des implications colossales : être classé comme « valeur mobilière » (comme une action en bourse) ou comme « matière première » (comme le pétrole ou le blé) change radicalement les obligations légales d’un projet blockchain.

Depuis des années, cette ambiguïté juridique pèse comme une épée de Damoclès sur l’industrie américaine des cryptos. Le CLARITY Act est censé trancher ce nœud gordien. Sauf que, apparemment, trancher prend du temps.

La pression pour avancer est pourtant réelle : plusieurs sources indiquent que des acteurs industriels poussent activement pour qu’une audition soit programmée rapidement. Le report à mai n’est donc pas un enterrement du texte, mais plutôt une pause stratégique dans un marathon législatif qui n’en est qu’à ses premières foulées.

Les stablecoins ne sont pas de l’argent, tranche la BIS

Pendant que Washington débat, c’est une autre institution internationale qui vient bousculer les idées reçues sur les cryptos. La Banque des Règlements Internationaux (BIS), souvent surnommée « la banque centrale des banques centrales », a publié un rapport qui risque de faire grincer des dents dans le monde des stablecoins.

Selon la BIS, les stablecoins — ces cryptomonnaies dont la valeur est censée rester stable, généralement indexée sur le dollar américain — ressembleraient davantage à des ETF (fonds indiciels cotés en bourse) qu’à de la véritable monnaie. L’argument est subtil mais important : comme un ETF, un stablecoin représente une créance sur des actifs sous-jacents (des bons du Trésor américain, des liquidités, etc.), plutôt qu’être de l’argent à part entière et directement utilisable comme moyen de paiement universel.

Cette distinction n’est pas qu’académique. Si les stablecoins sont des instruments financiers plutôt que de la monnaie, ils doivent être régulés différemment — avec des implications sur leur usage quotidien, leur accessibilité et les garanties offertes aux utilisateurs.

Un marché de 300 milliards sans règles globales : le casse-tête de la fragmentation

La BIS ne s’arrête pas là. L’institution bâloise s’inquiète surtout de l’absence de régulation harmonisée à l’échelle mondiale sur un marché qui pèse désormais près de 300 milliards de dollars. Sans cadre commun, le risque est celui d’une fragmentation : chaque pays établissant ses propres règles, les stablecoins pourraient se retrouver à opérer dans des zones grises légales, voire à être utilisés pour contourner les régulations nationales.

C’est le paradoxe de l’écosystème crypto dans sa globalité : une technologie conçue pour être sans frontières se heurte à des régulations qui, elles, le sont très fortement. La BIS plaide donc pour une coordination internationale — un vœu pieux qui, à en juger par les difficultés à faire avancer un seul texte au Sénat américain, semble encore loin de se concrétiser.

Mise en perspective : une régulation en construction accélérée

Ce double actualité — le report du CLARITY Act et l’avertissement de la BIS sur les stablecoins — illustre parfaitement la tension qui traverse le monde de la finance numérique en ce moment. D’un côté, les régulateurs nationaux peinent à adopter des lois claires, tiraillés entre lobbies industriels et prudence institutionnelle. De l’autre, les organismes internationaux tirent la sonnette d’alarme sur les risques systémiques d’un marché qui grossit plus vite que les règles censées l’encadrer.

Une chose est certaine : 2026 s’annonce comme une année charnière pour la régulation crypto. Que ce soit à Washington avec le CLARITY Act, ou à l’échelle mondiale avec les stablecoins, les dés sont en train d’être jetés. Les prochains mois nous diront si les législateurs arriveront à rattraper le train en marche — ou s’ils se contenteront d’observer le quai depuis le hall de gare.

Cet article ne constitue pas un conseil en investissement.
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