Bull market crypto 2026 : les institutions festoient, le retail regarde

Un bull market à deux vitesses

Quelque chose d’inhabituel se passe dans ce cycle haussier crypto : l’ambiance est à la fête du côté des grandes institutions financières, mais la piste de danse reste désespérément vide du côté des investisseurs particuliers. C’est en substance le constat dressé par JP Richardson, PDG d’Exodus — l’un des portefeuilles crypto les plus populaires auprès du grand public — dans une récente déclaration qui a fait réagir la communauté.

Là où les cycles précédents, notamment celui de 2020-2021, avaient été portés par un enthousiasme débordant des particuliers (qui rêvaient de yacht et de lamborghini entre deux tweets de Dogecoin), le marché actuel semble fonctionner selon une logique bien différente : ce sont les fonds d’investissement, les family offices et les trésoreries d’entreprises qui alimentent la hausse, pendant que monsieur et madame Tout-le-Monde regardent leur compte bancaire avec une certaine perplexité.

Quand les fins de mois compliqués tiennent loin de la crypto

Le célèbre analyste et vidéaste Michaël van de Poppe a mis des mots simples sur une réalité économique complexe : dans un contexte d’inflation persistante et de pouvoir d’achat en berne, les particuliers ont tout simplement d’autres priorités que d’acheter du Bitcoin ou de l’Ethereum. Payer le loyer, l’épicerie, les factures d’énergie… autant de postes de dépenses qui laissent peu de marge pour spéculer sur des actifs numériques, aussi prometteurs soient-ils.

Cette explication, aussi terre-à-terre soit-elle, illustre une fracture économique plus profonde. Le capital disponible pour investir dans des actifs risqués se concentre de plus en plus entre les mains de ceux qui en ont déjà beaucoup — une dynamique qui n’est pas propre à la crypto, mais qui y est particulièrement visible.

Les market makers fuient vers l’ombre des blockchains privées

Parallèlement, un autre phénomène vient confirmer cette institutionnalisation accélérée du marché crypto : les teneurs de marché — ces acteurs qui assurent la liquidité sur les plateformes d’échange en se portant continuellement acheteurs et vendeurs — délaissent de plus en plus les blockchains publiques au profit d’environnements privés ou semi-privés.

La raison ? Protéger leurs stratégies de trading. Sur une blockchain publique comme Ethereum, chaque transaction est visible par tous, en temps réel. Ce niveau de transparence, qui est l’une des vertus fondamentales de la technologie blockchain, devient paradoxalement un problème pour des acteurs professionnels dont l’avantage concurrentiel repose précisément sur la confidentialité de leurs méthodes. En langage technique, on parle de risque de « front-running » : n’importe qui peut observer une grosse transaction en attente et l’anticiper pour en tirer profit.

Ce phénomène de migration vers des environnements d’exécution plus opaques — qu’il s’agisse de blockchains privées, de réseaux de règlement dédiés ou de solutions dites « dark pool » — marque une évolution structurelle du marché. Les professionnels adaptent l’infrastructure blockchain à leurs besoins, plutôt que l’inverse.

Une crypto à deux vitesses : transparence pour qui ?

Il y a quelque chose d’un brin ironique dans cette situation. La blockchain a été inventée, entre autres, pour démocratiser la finance et offrir à tous un accès transparent aux mêmes informations. Voilà que les acteurs les plus puissants du marché s’en éloignent précisément parce qu’elle est trop transparente pour leurs affaires.

Pendant ce temps, les utilisateurs particuliers — ceux qui, justement, bénéficieraient le plus de cette transparence — sont aux abonnés absents, occupés à jongler avec leurs fin de mois.

On assiste donc à une double mutation : d’un côté, les institutions s’emparent des marchés crypto publics comme le Bitcoin spot, qui bénéficie depuis fin 2023 de l’approbation des ETF aux États-Unis, rendant l’accès institutionnel plus simple que jamais. De l’autre, les mêmes institutions construisent en parallèle des tuyaux privés pour leurs activités de trading les plus sophistiquées.

Mise en perspective : vers une crypto institutionnelle permanente ?

Ce cycle confirme une tendance de fond amorcée depuis plusieurs années : la crypto ne ressemble plus vraiment à ce far-west financier peuplé d’amateurs éclairés et de spéculateurs du dimanche qui a marqué les esprits entre 2017 et 2021. Les règles du jeu changent, les acteurs aussi.

Cela ne signifie pas nécessairement que les particuliers sont définitivement exclus de la partie — les cycles ont cette habitude de se renouveler, et l’appétit pour les hausses spectaculaires reste intact dans la population générale. Mais cela soulève des questions importantes sur la nature réelle de la « démocratisation financière » que la crypto promettait d’incarner.

Un marché haussier dont le carburant vient principalement des grands fonds plutôt que de millions de petits investisseurs, c’est peut-être une crypto qui a grandi — mais qui n’a pas encore décidé si elle voulait vraiment grandir pour tout le monde.

Cet article ne constitue pas un conseil en investissement.
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