Le secteur crypto entre ambitions boursières et turbulences judiciaires
Ce mercredi 1er avril — non, ce n’est pas un poisson — l’actualité crypto a été particulièrement chargée. Entre une bourse coréenne qui fait du surplace vers Wall Street, une plateforme européenne qui s’ouvre enfin à la Big Apple, et l’arrestation d’un présumé parrain de l’escroquerie numérique, la journée méritait bien un article récapitulatif.
Bithumb et son IPO : l’éternel report
La bourse de cryptomonnaies sud-coréenne Bithumb ne sera pas cotée en bourse avant 2028, voire plus tard. C’est la conclusion qui s’impose après les déclarations du directeur financier de la société, qui a indiqué que l’entreprise travaillait actuellement à « renforcer ses politiques comptables et ses contrôles internes ».
Concrètement, Bithumb avait déjà repoussé une première fois ses ambitions boursières, qui étaient initialement prévues pour 2025. Mais visiblement, remettre de l’ordre dans ses livres de comptes prend du temps — beaucoup de temps. L’introduction en bourse (IPO), qui permettrait à des investisseurs du grand public d’acheter des actions de la plateforme sur un marché réglementé, est donc reléguée à l’horizon 2028 au minimum.
Ce report intervient dans un contexte concurrentiel particulier : le rival direct de Bithumb, la plateforme Upbit, travaille elle aussi sur sa propre cotation en bourse. Une course au Nasdaq coréen qui ressemble, pour l’instant, à un marathon où tout le monde marche. Bithumb, qui était autrefois l’une des plus grandes bourses de cryptomonnaies au monde, cherche à regagner la confiance des régulateurs et des investisseurs institutionnels après plusieurs années de controverses et de remaniements internes.
eToro s’implante enfin à New York
Bonne nouvelle en provenance de l’autre côté de l’Atlantique : eToro, la plateforme de trading sociale d’origine israélienne, a officiellement lancé ses services de trading crypto à New York. Ce déploiement intervient trois ans après l’obtention de sa BitLicense, le précieux sésame réglementaire délivré par le département des services financiers de l’État de New York (NYDFS).
Selon Andrew McCormick, responsable d’eToro aux États-Unis, la plateforme aurait été la première société à recevoir cette licence en 2023, dans la foulée de l’effondrement de FTX — cet épisode traumatisant qui avait poussé les régulateurs américains à resserrer considérablement les vis du secteur.
Pour ceux qui ne connaissent pas la BitLicense, il s’agit d’un permis d’exploitation obligatoire pour toute entreprise souhaitant proposer des services liés aux cryptomonnaies aux résidents de New York. Réputée pour être l’une des réglementations les plus strictes du pays, elle a historiquement conduit plusieurs acteurs majeurs à quitter carrément l’État plutôt que de s’y conformer. Obtenir cette licence, c’est un peu comme décrocher un stage chez Goldman Sachs : long, difficile, mais ça en dit long sur votre sérieux.
L’arrivée d’eToro à New York symbolise donc une normalisation progressive du secteur, les entreprises bien structurées parvenant à naviguer dans un environnement réglementaire post-FTX qui reste exigeant.
Cambodge : arrestation d’un présumé baron de l’arnaque crypto
Sur un registre bien moins réjouissant, les autorités chinoises ont procédé à l’arrestation de Li Xiong, ancien président du groupe Huione, après son extradition depuis le Cambodge. Le personnage n’est pas inconnu des régulateurs américains : des agences fédérales ont établi des liens entre le groupe Huione et des milliards de dollars de flux financiers illicites transitant via des cryptomonnaies.
Huione Group est accusé d’avoir facilité, via des infrastructures crypto, des arnaques de grande ampleur — notamment des escroqueries dites de « pig butchering » (littéralement « abattage de cochon »), ces fraudes romantiques en ligne où les victimes sont manipulées pendant des semaines avant qu’on leur soutire leurs économies en cryptomonnaies.
L’arrestation de Li Xiong illustre une tendance de fond : la coopération internationale en matière de lutte contre la criminalité financière liée aux actifs numériques s’intensifie, et les grands acteurs de ces réseaux ne peuvent plus compter indéfiniment sur des juridictions peu regardantes pour se mettre à l’abri.
Mise en perspective
Ces trois informations, bien que disparates en apparence, dessinent en creux le même portrait du secteur crypto en 2026 : une industrie qui grandit, mais pas toujours sans douleur. D’un côté, des acteurs sérieux comme eToro qui jouent le jeu de la conformité réglementaire et finissent par en récolter les fruits. De l’autre, des plateformes comme Bithumb qui réalisent que l’accès aux marchés de capitaux traditionnels exige une rigueur interne que tout le monde n’a pas encore. Et en toile de fond, les autorités du monde entier qui resserrent progressivement l’étau autour des usages frauduleux des cryptomonnaies.
La maturité d’un secteur se mesure aussi à sa capacité à faire le ménage — qu’il s’agisse de ses comptes, de ses licences ou de ses acteurs malveillants.