Quand les chiffres parlent d’eux-mêmes
Le Bitcoin traverse une période turbulente, et les données on-chain ne font rien pour rassurer les observateurs. Selon les dernières analyses de CryptoQuant, pas moins de 8,2 millions de bitcoins se trouvent actuellement « sous l’eau », c’est-à-dire détenus par des investisseurs qui les ont achetés à un prix supérieur au cours actuel. En clair : si ces personnes vendaient aujourd’hui, elles enregistreraient une perte.
Ce chiffre n’est pas anodin. Il propulse le marché vers des niveaux que les analystes qualifient de « véritable bear market » — un terme qu’on préférerait ne jamais ressortir du placard, mais que la réalité impose parfois.
Qu’est-ce que l’« offre en profit » et pourquoi ça compte ?
Pour comprendre ce que cela signifie, il faut s’arrêter sur un concept clé de l’analyse on-chain : l’offre en profit (supply in profit). Il s’agit tout simplement de la proportion de bitcoins dont le prix d’achat (appelé prix de revient ou cost basis) est inférieur au prix actuel du marché. Quand cette proportion chute massivement, cela indique que de nombreux détenteurs sont en position de perte — souvent un signe que le sentiment de marché se dégrade sérieusement.
Historiquement, les phases où une grande partie de l’offre se retrouve en perte coïncident avec les creux de marché les plus douloureux. Le bear market de 2022 en est l’exemple le plus récent et le plus marquant : Bitcoin avait alors plongé depuis ses sommets proches de 69 000 dollars jusqu’aux alentours de 16 000 dollars, laissant des millions d’investisseurs avec des portefeuilles dans le rouge.
La bonne nouvelle — si l’on cherche à en trouver une — c’est que les 8,2 millions de BTC actuellement à perte restent encore en deçà du pic atteint lors du bear market de 2022. Nous n’en sommes donc pas (encore) au niveau le plus critique jamais observé. Mais la trajectoire inquiète.
Un week-end prolongé au pire moment ?
Comme si la situation n’était pas déjà suffisamment stressante, Bitcoin aborde ce contexte difficile à l’approche d’un long week-end férié — et les marchés traditionnels comme les instruments financiers liés aux crypto-actifs vont se mettre en veille.
C’est là que le timing devient particulièrement sensible. Les ETF Bitcoin spot américains — ces fonds d’investissement qui ont déferlé sur le marché depuis leur approbation début 2024 — ne seront pas en mesure de traiter des flux entrants ou sortants pendant la fermeture des marchés. De même, les contrats à terme sur Bitcoin cotés au CME (Chicago Mercantile Exchange), très suivis par les investisseurs institutionnels, seront également à l’arrêt.
En langage simple : les « grands joueurs » institutionnels, ceux qui peuvent intervenir massivement pour stabiliser ou orienter les cours, seront temporairement hors jeu. Le marché crypto, lui, ne ferme jamais — il tourne 24h/24, 7j/7. Ce décalage crée une fenêtre de vulnérabilité pendant laquelle la liquidité peut se réduire et la volatilité s’emballer, dans un sens comme dans l’autre.
Le contexte macro pèse sur l’ensemble du marché
Cette situation s’inscrit dans un contexte macroéconomique global qui ne favorise pas la prise de risque. Les incertitudes autour des politiques commerciales internationales — notamment les nouvelles mesures tarifaires annoncées par l’administration américaine — ont semé le trouble sur l’ensemble des marchés financiers. Le Bitcoin, souvent présenté comme une valeur refuge alternative, n’a pas échappé à la pression vendeuse qui touche les actifs considérés comme risqués.
La corrélation entre Bitcoin et les marchés actions, notamment le Nasdaq, reste encore bien présente dans les esprits des investisseurs, même si certains défenseurs de la crypto continuent d’argumenter que cette relation est appelée à s’estomper sur le long terme.
Mise en perspective
Les cycles de marché font partie de l’ADN du Bitcoin. Depuis sa création, la première cryptomonnaie a traversé plusieurs phases de contractions sévères — et en est ressortie à chaque fois pour atteindre de nouveaux sommets. Le bear market de 2018, celui de 2022, autant d’épisodes douloureux que les graphiques long terme ont fini par transformer en simple « correction » sur le chemin de la hausse.
Cela ne signifie pas que l’histoire se répétera nécessairement, ni que les niveaux actuels constituent un plancher. Ce que les données on-chain nous disent, c’est que le marché traverse une période de stress réel, avec des millions de détenteurs en difficulté. Le week-end qui s’ouvre, avec ses flux institutionnels gelés, ajoutera probablement une dose supplémentaire de volatilité à une situation déjà tendue.
Une chose est sûre : le Bitcoin n’a jamais été un actif pour les cardiaques. Et ce week-end de Pâques s’annonce tout sauf reposant pour ceux qui suivent les graphiques de près.
